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Confession d’une étudiante en médecine

Ghyta Ouedrhiri
17/10/2017 18:22

Je suis une étudiante en médecine comme vous tous ici présents. Je ne mentionnerai ni l’année ni la faculté dans laquelle j’étudie : Pour moi, ce sujet est encore tabou au sein de notre société, et on m’a plusieurs fois pointé du doigt à cause de cela.
Je ne peux pas dire quand cela a exactement commencé. A 15 ans ? 19 ans ? Je ne saurais donner de date précise. Ce dont je me souviens, c’est que la dépression a commencé à me consumer du plus profond de moi-même le mois de Novembre dernier. Tout ce que je peux dire, c’est que mon épisode dépressif m’aura marquée à tout jamais.
Novembre : Le mois où l’on sent que les examens frappent à nos portes, sans pour autant que le stress atteigne son apogée. Le mois où l’on se sent fatigué sans avoir forcément fait quelque chose d’extraordinaire. L’état dans lequel j’étais n’était pas dû aux examens ou à la quantité d’information que mon petit cerveau se voyait obligé d’encaisser. Non. Cela dépassait la médecine. Il s’agissait d’un cumul qui datait de plusieurs années. Et cette fois, c’était trop tard : Ma santé mentale était usée … souillée.

Avez-vous déjà eu envie de vous faire du mal ? La douleur physique vous a-t-elle déjà aidé à surmonter la douleur intérieure ? Même à court terme ? Avez-vous déjà eu envie d’en finir ? Ne soyez pas surpris, les idées suicidaires ont été mes compagnes durant des mois. Je vivais un vrai cauchemar, et celui-ci semblait si réel : Un cauchemar dont je refusais de me réveiller.
Le nombre de tentatives de suicide, mot qui pèse assez lourd sur les lèvres et le cœur des personnes dont ce concept est totalement étranger, remonte à une dizaine … plus ou moins. Si je suis là à vous parler, c’est que soit on m’a empêchée de partir, soit la force que je possède ne m’était pas donnée pour me tailler les poignets, soit mon corps a su rapidement éliminer les substances que j’ai cru être, à des quantités très élevées, mortelles. En effet, j’ai essayé d’innombrables fois de me donner la mort, et à ce moment-là de ma vie, je regrettais mon existence.
Une once d’espoir me poussa à me rendre chez un psychiatre. J’ai fondu en larmes devant lui. Il avait tellement … pitié de moi. Bien évidemment, je suis ressortie avec de fortes doses d’antidépresseurs à la main : A croire que le but était de guérir la dépression, et non la « déprimée ». Le traitement était tellement fort que les envies suicidaires se sont accentuées de façon pénible (Non ce n’est pas une contradiction). Je commençais à halluciner, à prendre du poids … Je sentais que je sombrais de plus en plus. Les déplacements, voyages, et congrès se sont succédé pour mon psychiatre ; Et c’est comme que j’ai fini par perdre contact avec lui.

J’étais perdue : Je ne savais pas si je devais arrêter le traitement ou le poursuivre… mettre fin à ma vie ou la poursuivre ? Ni ma mère, ni mon

père, ni personne ne me donnait envie de m’y accrocher.
De nouvelles habitudes qui me permettaient de prolonger un peu mon séjour dans ce monde se sont installées : l’hypersomnie, les siestes … et les parties de « Solitaire ». Je me sentais incapable de me tenir sur mes deux jambes. Ma santé mentale s’est rapidement manifestée et s’en est suivie de fatigue, de perte d’appétit, de troubles du sommeil, nausées et vomissements … Je n’en pouvais plus.

C’est alors qu’un beau jour, un rayon de soleil habitant à l’autre coin de la planète me tendit la main, une personne dont je n’imaginais pas que l’impact sur mon état allait être aussi important.
Nos discussions duraient des heures, voire des jours. Ce n’était guère facile au début. Je continuais à me faire du mal et à multiplier les tentatives. Je ressentais beaucoup de haine envers moi-même. Mais c’est petit à petit que les choses ont commencé à s’améliorer.

J’ai tout d’abord diminué ma dose d’antidépresseurs sur avis médical. J’ai repris mes bonnes vieilles habitudes : Musique, dessin, lecture, nouvelles langues, même si c’était un vrai fardeau au début. Je faisais tout pour chasser les idées noires qui me rongeaient de l’intérieur. J’ai échoué lors de la première semaine, 2ème … 1er mois, 2ème … . A la fin, j’y suis arrivée.
Je me suis tournée vers de toutes nouvelles personnes, sans pour autant m’attendre à grand-chose de leur part. Elles illuminaient mes journées en y apportant joie et bonne humeur, et cela me suffisait largement.

J’avais de moins en moins de mal à communiquer avec ma mère. Je commençais à m’ouvrir un peu et à me confier à elle. Elle m’a appris à me regarder dans un miroir sans ressentir de dégout envers ma personne, et c’est un grand pas en avant pour moi.
Aujourd’hui, je mène ma petite vie normale d’étudiante en médecine, créant mon propre petit univers d’art, de lecture et de découvertes médicales tout en gardant auprès de moi les personnes qui m’ont aidée et en restant bien évidemment en contact avec les autres.
J’en suis à mes 20 derniers jours de traitement, ayant diminué la dose à la plus faible sur avis médical, et je suis très fière d’en être sortie encore plus forte.
A tous ceux qui souffrent de dépression, à tous ceux qui pensent que leur existence n’apporte rien à ce monde, à tous ceux qui ne ressentent que mélancolie et souhaitent mettre fin à ce sentiment : Vous n’êtes pas obligés de traverser tout cela seul. N’oubliez pas qu’au fond du tunnel, il y aura toujours une lueur, un rayon de soleil qui vous guidera vers de jours meilleurs, quel que soit la distance que vous aurez à traverser. Je ne m’amuserai pas à vous dire que tout ira bien, car c’est à vous d’en être convaincu, et ce jour viendra. Il suffit de vous accrocher à cette once d’espoir qui fait que vous êtes là à lire cet article. Vous avez mal, vous n’en pouvez plus, mais je vous demande de vous accrocher, au nom de tous ceux qui ont survécu à ces épreuves mais aussi au nom de tous ces anges qui nous ont tellement soufferts et qui ont fini par nous quitter. Quelque part, dans ce monde, il y a des personnes qui tiennent à vous. Ne pensez pas que votre existence est anodine : Vous êtes une étoile parmi tant d’autres, brûlant de mille feux au milieu de cet univers infini.
A tous ceux qui voient que quelqu’un de leur entourage souffre : tendez-lui la main et ne prenez pas sa souffrance à la légère. Un simple sourire peut changer bien des choses. N’ayez pas pitié de lui ou d’elle, c’est la dernière chose dont ces belles âmes ont besoin. Donnez-leur les trois choses dont elles ont le plus besoin : Patience, amour et espoir. Ne les sauvez pas, mais soyez là quand ces personnes-là seront devant vous à essayer de se sauver elles-mêmes
Pour finir, j’aimerais dédier ces quelques mots à tous ceux qui se battent pour pouvoir sourire un jour, et à ces anges qui ont malheureusement perdu espoir à mi-chemin. Je pense très fort à vous. »