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De la FMPC, Dr Zineb Bentounsi décroche la prestigieuse université d’Oxford!

Ihsane Zahiri
19/09/2018 12:31

Rêver, un mot qui, à peine prononcé, nous transporte vers un monde idyllique, parfait. Cette perfection qui nous paraît parfois si éloignée, nous pousse généralement à faire de nos rêves des souvenirs enterrés et de nos vies, un quotidien assommant. Pourtant, nos rêves sont cette essence qui nous maintient vivants!
A tous les lecteurs, à tous ceux qui n’osent pas rêver et à ceux qui rêvent comme ils respirent, je vous présente Dr Zineb Bentounsi qui, des amphithéâtres de la FMPC, s’est retrouvée à University of Oxford.
L’histoire ne se termine pas ici, des détails époustouflants nous ont été délivrés!

1- Bonjour Zineb, votre nom a submergé les réseaux sociaux ces derniers mois. Pour ceux qui ne vous connaissent pas, ils se sont sûrement posés des questions sur votre identité. Qui êtes-vous? Et quel est votre parcours académique?
Je suis Dr Zineb Bentounsi, une médecin fraîchement diplômée de la faculté de médecine et de pharmacie de Casablanca et je viens de commencer l’année universitaire 2018-2019 à l’Université d’Oxford en tant qu’étudiante en master International Health and Tropical Medicine.

2-Pour toute personne vous connaissant, le travail associatif n’a aucun secret pour vous et vous vous êtes investis corps et âme que ce soit au niveau local, national ou international. Un parcours très inspirant que nous vous invitons à détailler.
Dès mes premiers jours à la FMPC, j’ai intégré l’association SIFE (qui n’existe plus aujourd’hui) et j’ai vraiment aimé cet engagement dans le secteur associatif, alors lorsque IFMSA-Morocco est née je me suis empressée de l’intégrer. C’est là que tout a commencé pour moi! S’en sont suivies de nombreuses aventures, des amitiés sans pareilles et plusieurs postes de responsabilité qui ont été de vraies écoles de vie. J’ai eu la chance d’être la première PubSDD d’IFMSA-Morocco, trésorière du LC que j’ai cofondé, puis présidente de ce même LC, Medec’IN-Casa. J’ai eu aussi quelques rôles temporaires comme Head of OC, membre de CCC, responsable du Theme Event de l’EMR entre autres. En plus de ça, j’ai eu une expérience internationale dont les événements les plus importants ont été un échange SCOPE fait à Madrid en 2014, une GA en 2015 et ma participation à la WHA en 2017. Je suis toujours SupCo de Medec’IN-Casa pour quelques mois. Tout ceci n’aurait pas été possible sans mes mentors Dr Omar Cherkaoui et Dr Faouz Mansouri et mes camarades de route qui ont été nombreux au fil des années, mais si je ne devais en citer que quelques uns, ce serait certainement Dr Amine Lotfi, Yasmina Chouaib, Dr Soukaina Baladi, Dr Hind Bourja, Dr Imane Squalli, Taha Saffi-Eddine et Fatim Zahra Wafqui. En parallèle de mon aventure IFMSA, j’ai aussi eu et je continue d’avoir une aventure avec un autre réseau de jeunes médecins et étudiants en médecine que j’ai cofondé et qui s’appelle InciSioN. C’est un réseau qui se bat pour améliorer l’accès à la chirurgie dans le monde. La chirurgie est souvent négligée lorsque nous parlons de santé globale alors que 5 milliards de gens sur notre planète n’ont pas accès à une chirurgie abordable et sûre lorsqu’ils en ont besoin!

3- Lauréate de la faculté de médecine et de pharmacie de Casablanca, qu’est ce qui a favorisé votre admission, parmi des milliers d’étudiants, à la prestigieuse université d’Oxford? Est-ce votre implication associative, que nous jugeons fascinante, ou des compétences que nous souhaitons dénicher en vous?
Je ne suis pas sûre d’avoir la réponse! Je pense que la culture anglo-saxonne se base sur la méritocratie et l’égalité des chances, donc les universités sont prêtes à accepter un étudiant qui a un projet concret et assez d’expérience sur le terrain. Ce qu’ils recherchent, à mon sens, c’est un profil. Donc, si vous pouvez répondre à la question: “pourquoi moi et pas un autre?”, vous avez vos chances. En tout cas, c’est ce que je me suis dit avant de postuler.

4- Jeune médecin, motivée, inspirante et qui peut servir son pays, qu’est ce qui vous a poussé à vouloir quitter le Maroc?
Je veux toujours servir mon pays et c’est mon principal objectif à long terme. La question de la migration des cerveaux est un vrai problème et je ne suis pas du tout partisane du discours qui se murmure dans les couloirs de nos facultés selon lequel il n’y a pas d’avenir pour les jeunes au Maroc. On peut très bien faire carrière au Maroc et même briller sur la scène internationale en étant basé à Casablanca, Oujda ou Marrakech. Pendant que je passais mon temps à rédiger des mails et des règlements intérieurs pour le compte de mon LC, mes camarades préparaient l’internat. Certains d’entre eux sont aujourd’hui parmi les plus brillants des résidents et feront une grande carrière, ce seront, je l’espère, les futurs professeurs de nos facultés. Ma promotion est entrain de préparer le résidanat en ce moment même. La vie est faite de choix, chacun accomplit son destin et il n’y a pas de modèle à suivre. Quant à moi, je veux changer les choses sur la scène de la santé globale et pour cela il me faut apprendre encore beaucoup et c’est ce savoir que je suis venue chercher à Oxford.

5- Votre admission à l’université d’Oxford était une surprise ou une évidence? Autrement dit, est ce que vous aviez établi un plan stratégique pour y aboutir?
C’était une grande surprise! J’ai visé haut et je m’attendais à un refus et à devoir viser des universités moins bien classées. Et puis après avoir postulé, j’ai reçu ce mail qui m’invite à une interview skype avec les recruteurs. Je n’ai rien dit à personne, je n’arrivais pas à y croire et j’étais presque sûre qu’après l’entretien ils ne me prendraient pas de toute façon, alors pourquoi donner de faux espoirs à mes proches? Il fallait attendre quelques semaines pour l’entretien et encore quelques semaines pour la réponse finale. Alors, une fois que j’ai reçu le mail d’acceptation, ça a été la fin d’un long calvaire et une très belle surprise. J’en ai pleuré de joie mais il y avait encore plusieurs étapes, plusieurs conditions à remplir et l’attente de la bourse…. Tout pouvait encore se terminer et le rêve risquait de tomber à l’eau à tout moment!

6- La bonne nouvelle fêtée, vient la mauvaise! Vous ne bénéficierez d’aucune bourse financière, chose sans laquelle votre master ne sera pas établi. Comment avez-vous reçu cette nouvelle et quelle était votre première réaction: abandonner ou aller au-delà de vos rêves?
J’ai reçu la nouvelle le 31 mai et il fallait prouver à l’université que j’avais les ressources nécessaires avant le 30 juin. J’étais donc paniquée et je n’avais pas vraiment le temps d’analyser mes sentiments mais je crois que j’étais à la fois triste, déçue et en colère. Je savais au fond de moi que c’était ma chance, qu’il était très peu probable que la vie m’offre une seconde chance pareille et que toute décision que je prendrai aurait des conséquences dramatiques sur le reste de ma vie. Dans ces moments là, tout s’éclaircit et les choses que l’on croyait importantes comme “mais que vont penser les gens de moi?” n’ont plus aucune importance.

7-Le 1er juin 2018, les réseaux sociaux sont submergés par votre histoire : « Dr. Zineb Bentounsi a lancé une campagne en ligne pour collecter les 40.000 euros ». Comment avez vous pu prendre la décision du « crowdfunding »? N’était ce pas dur pour vous et pour vos proches de recourir à des inconnus?
J’ai eu la chance d’être épaulé par mon collègue et ami Dr Dominique Vervoort avec qui je dirige InciSioN, il a eu l’idée du crowdfunding et après quelques minutes de réflexion pendant lesquelles j’ai mesuré les conséquences et les dommages collatéraux possibles, j’ai accepté son aide pour créer la page sur le site Gofundme. Avant de rendre la page publique, j’ai demandé l’autorisation de mes parents, parce que je savais qu’ils auraient à subir l’étalage public de notre situation financière et ils m’ont soutenue. C’était très difficile en effet, du jour au lendemain mes parents ont commencé à recevoir des appels de leurs contacts, peu d’entre eux étaient positifs. Sur le plan moral, que ce soit pour moi ou pour ma famille, les 6 semaines qu’a duré ma campagne ont été riches en émotions avec des hauts et des bas dignes des montagnes russes. Lhamdoullah que j’ai eu des parents compréhensifs et je ne les remercierais jamais assez pour avoir vécu cette aventure avec moi.

8-Le crowdfunding, peu courant au Maroc, pourrait paraître insécurisé pour certains, insensé pour d’autres. Comment vous avez pu pousser les gens à s’y mettre ? Et n’aviez vous pas reçu des critiques décourageantes?
Je n’ai pas vraiment réussi à pousser les gens à s’y mettre. Les quelques personnes qui m’ont soutenue au Maroc l’ont fait d’elles mêmes. Elles se comptent sur les doigts d’une main mais le travail qu’elles ont fait a été extraordinaire en terme de médiatisation et de recherche de donneurs. Je ne suis pas sûre que je peux citer leurs noms parce que certaines voudraient rester anonymes mais je suis sûre qu’elles se reconnaîtront en lisant ceci. Je ne les remercierais jamais assez. En effet j’ai rencontré beaucoup de résistance au Maroc et la grande majorité des gens qui m’ont aidée étaient des gens de l’étranger. La plupart de mes collègues à Casa se sont mis à m’éviter et mon cercle social s’est réduit du jour au lendemain. Je crois qu’ils avaient peur que je leur demande de l’argent. Et c’était un cercle vicieux puisque j’étais tellement occupée à gérer ma campagne, à frapper à toutes les portes de fondations et autres donneurs potentiels à Casa ou à Rabat que je n’avais plus de temps à accorder à mes amis, certains l’ont compris, d’autres pas. Oui, il y a eu des critiques décourageantes mais je ne les lisais pas, j’ai réduit le temps passé sur les réseaux sociaux et je ne passais que le temps nécessaire à la gestion de ma campagne. Je me concentrais sur les choses positives, sur les commentaires encourageants, sur les actes de générosité que je recevais d’inconnus ou de vagues connaissances et qui me redonnaient foi en l’humanité. Et puis il y avait de belles surprises comme cette camarade de promo qui m’a donnée RDV à la fac pour me donner 200 dhs et un gros câlin, ce prof Américain qui m’a proposé 5000 dollars en échange d’aide sur son projet de recherche ou cette étudiante en médecine écossaise qui avait aussi mené une campagne quelques semaines auparavant pour financer son année de recherche à Harvard et qui m’a donné 10% de ce qu’elle avait récolté en me disant qu’elle se serrait la ceinture. Je ne la connaissais pas du tout, elle avait juste entendu parler de moi et m’a dit qu’il n’y avait aucune raison qu’elle y arrive et moi pas. Ces moments de gratitude effaçaient tous les moments de tristesse et plus les gens se montraient généreux, plus je me sentais responsable et plus je devais y arriver parce que ce n’était plus mon histoire, c’était aussi la leur. Donc, lorsque j’avais envie de tout abandonner, je me disais que je n’avais pas le droit de le faire parce qu’ils seraient tous déçus.

9-Quelques heures bien avant l’heure limite, vous avez pu avoir les 40.000 euros, le rêve est devenu réalité. En guise de remerciements, vous aviez réservé à chacun de vos donneurs un cadeau simple et créatif comme un remerciement sur les réseaux sociaux ou une carte postale, cette fois-ci c’est par des mots que nous vous invitons à les remercier, eux qui n’ont pas cru aux limites.
En fait, je ne suis pas arrivée à 40 000 euros, “seulement” à 33 055 et il faut aussi savoir que le site Gofundme prend des frais. L’université a été compréhensive et m’a autorisée à payer en deux fois tant que j’ai un garant. J’ai réussi à avoir un garant et à payer la première moitié, pour la deuxième moitié il me reste encore un peu d’argent de la campagne, j’attends encore une promesse de don et puis je suis à la recherche d’un job étudiant. Je suis confiante, inchallah tout ira bien. Bien sûr que je me sens redevable à toutes ces âmes généreuses qui m’ont aidée et le cadeau que je peux leur faire c’est de me concentrer sur mes études et d’ensuite essayer d’apporter ma contribution à la santé globale. Je les remercie du plus profond de mon coeur et j’espère un jour pouvoir être assez stable financièrement pour pouvoir à mon tour aider des jeunes qui en auront besoin.

10- Arrivée en Angleterre, comment se passent vos débuts? Est ce que vous rencontrez des difficultés?
Que ce soit le climat, la nourriture, le clavier qwerty ou les innombrables pièces de monnaie, tout est nouveau et il faut s’adapter. Passer 2 semaines en vacances dans un pays étranger et passer 2 semaines dans ce même pays en sachant qu’on en a pour une année, ce n’est pas du tout le même sentiment. Le Maroc me manque, ma famille et mes amis me manquent mais je suis heureuse d’être à Oxford! La ville est superbe, et je m’y sens à ma place. Les gens que je rencontre sont tous inspirants et je me sens toute petite à côté d’eux. Les cours n’ont pas encore commencé à l’heure où je vous écris, mais je sais déjà que ce sera un rythme soutenu alors souhaitez moi bonne chance!

11-Pour clore, quel est votre message à tous ceux qui n’osent pas rêver, et à ceux qui sont privés de leur rêve d’enfance faute d’argent?
Mon message est qu’il faut rêver! Il faut ensuite se donner les moyens d’arriver à réaliser son rêve. Il faut être prêt à surmonter les épreuves, les gens qui réussissent ne le disent pas souvent mais derrière chaque succès il y a beaucoup d’échecs. Un échec est une opportunité d’apprendre et de se relever pour rêver encore plus fort. Sachez vous entourer de gens qui vont vous soutenir et soutenez les en retour. Un succès se partage, un savoir s’enseigne et une opportunité que vous n’utiliserez pas doit être communiquée à votre voisin. Plus vous donnerez, plus vous recevrez. Soyez généreux!

Rédigé par: Ihsane Zahiri