News

La recherche scientifique au Maroc

Ghyta Ouedrhiri
05/11/2017 00:06
Étiquettes : ,

En tant qu’étudiants en médecine, la recherche scientifique nous concerne, nous passionne par moments, mais surtout nous est indispensable . Certains envisagent même faire une carrière de recherche. Toutefois, la majorité de ces individus là n’imaginent pas une seconde rester au Maroc pour ce faire.

N’étant pas complètement indifférente à cette voie, j’ai commencé à me poser des questions, est ce vraiment impossible d’exceller dans la recherche tout en restant ici? Puis je me suis rappelé que le détenant du prix de l’inventeur européen 2017 n’était autre que le biologiste marocain Adnane Remmal. J’ai décidé donc d’adresser toutes mes interrogations à cet homme qui nous a tous donné une lueur d’espoir en remportant ce prix, et surtout en révolutionnant le monde de l’antibiothérapie. Voici ses réponses:

– Quelle était votre motivation pour faire de la recherche, et est ce que vous avez été intéressé par cela à notre âge ?

Dans mon cas l’envie de faire de la recherche a commencé à l’âge de 12 ans lorsque j’ai lu l’histoire de certaines inventions, de certains inventeurs et chercheurs célèbres comme Louis Pasteur, Alexander Flemming, Claude Bernard… Une fois à l’université Paris-Sud, certains de mes professeurs qui étaient des grands chercheurs m’ont tellement marqué que je ne me voyais pas faire autre chose que la recherche dans ma vie. Durant le DEA (Master) et pendant la durée de préparation de ma thèse de doctorat, j’ai côtoyé des grands chercheurs auprès desquels j’ai appris la méthodologie, la philosophie et l’art de la recherche utile.

– Quels sont les critères que doit posséder un chercheur (comment savoir si un secret chercheur se cache en vous?)

A mon avis, il y a une graine de chercheur qui se cache dans chaque jeune femme ou jeune homme qui veulent se sentir utiles pour l’humanité, qui sont curieux et qui sont capables de rêver et de croire en eux-mêmes. Il faut que cette graine puisse trouver les conditions favorables pour germer et pour se développer et devenir un arbre qui donne des fruits.

– Pourquoi teniez-vous à réaliser ce projet précisément?

J’étais conscient de l’importance des vaccins et des antibiotiques pour la santé humaine. Savoir que des patients meurent (Aujourd’hui, 700 000 par an ; soit 80 patients par heure, d’après l’OMS) car ils sont infectés par un germe résistant à tous les antibiotiques ne m’a pas laissé le choix. Ma priorité est très vite devenue la lutte contre ce danger négligé par les big pharma et qui est entrain de ramener l’humanité vers l’air pré-antibiotique.

– Quelles sont les plus grandes difficultés que vous avez rencontrées lors de votre projet ?

L’une des plus grandes difficultés était d’accéder à l’information scientifique car il n’y avait pas internet à l’époque. Je devais me déplacer à l’étranger pour faire le tour des bibliothèques et photocopier les publications. L’autre grande difficulté c’est que lorsque j’ai commencé à trouver les premiers bons résultats, je devais supporter des phrases débiles et déplaisantes sans pouvoir réagir. Des phrases comme : c’est trop beau pour être vrai. Ou alors, si c’est vrai alors pourquoi des chercheurs de grandes universités américaines ou japonaises ne l’ont pas trouvé avant vous.

– Pourquoi n’avez-vous pas choisi de faire de la recherche hors Maroc pour plus de facilités?

Depuis mon enfance, j’ai été éduqué à aimer le Maroc. Je ne me voyais pas vivre toute ma vie loin de mon pays pour pouvoir faire de la recherche dans des conditions luxueuses. De toute façon, je n’aurais pas été heureux loin de mon pays et ça se serait répercuté sur la qualité de ma recherche. J’ai décidé de rentrer au Maroc, de galérer avec mes collègues et mes étudiants. Dans cette galère chaque bon résultat était une source de bonheur qui nous permettait de croire que la réussite n’était pas loin. Finalement, ce n’était pas un faux espoir !

-Comment avez-vous géré la campagne pour gagner votre prix?

Etre sélectionné pour le prix de l’inventeur européen par les experts de l’office européen des brevets est déjà une grande consécration relevant du miracle pour un chercheur marocain qui travaille au Maroc. La campagne de communication pour obtenir le prix du publique était une initiative de mes étudiants, de mes amis et ma famille. Certains de mes partenaires industriels avec lesquels je collabore dans le domaine de l’agriculture et qui sont devenus de vrais amis ont aussi beaucoup œuvré matériellement pour booster cette campagne. Enfin, un grand nombre de marocains du Maroc et de marocains et africains du monde ont contribué à cette campagne alors que je ne les ai jamais rencontrés. La presse marocaine a aussi travaillé avec beaucoup de professionnalisme. Finalement, je dirais que la nomination était une consécration pour Adnane Remmal alors que gagner le prix l’était pour le Maroc et pour l’Afrique.

– Est ce que vous vous attendiez à ce que votre projet prenne autant d’ampleur, et qu’il ait autant de reconnaissance?

En tout cas je l’espérais bien et j’ai subi beaucoup de désagrément durant ces 30 ans de ma vie avec l’espoir qu’un jour viendrait, et ce jour est venu.

– Pour quand avez-vous prévu la mise au marché du médicament?

La mise sur le marché ne dépend de moi. C’est l’affaire du laboratoire pharmaceutique avec les autorités en charge des AMM. Il y a des démarches à suivre et ils sont en train de le faire.

Enfin :

– Quelles sont les solutions que vous proposez pour encourager la recherche au Maroc , et plus précisément chez les étudiants et les jeunes?

Je travaille avec les jeunes marocains depuis 30 ans. Ils sont intelligents, motivés et travailleurs. Ils ont besoins de voir des exemples à suivre dans la génération de leurs professeurs. Il leur faut aussi un environnement socioéconomique qui les rassure sur leur plan de carrière. Il faut aussi qu’ils puissent voyager à l’étranger pour que leurs horizons ne se limitent plus à ce qu’ils voient au Maroc. Ils doivent voir d’autres professeurs, d’autres universités, d’autres infrastructures de recherche et d’autres mécanismes de valorisation de la recherche.

Par : Ghyta Ouedrhiri