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Le médecin et l’étudiant en médecine entre spécialisation et polyvalence

Ghyta Ouedrhiri
21/11/2017 19:22

Dans un monde qui évolue à une vitesse vertigineuse, vitesse largement dépassant celle de l’évolution de l’individu, qui serait, selon d’aucuns, inexistante voire négative, nous sommes devenus de simples pierres ayant une toute petite place à occuper dans un très grand bâtiment dans une ville encore plus grande,de simples maillons dans la longue chaîne appelée société, et par conséquent simples tout court plusieurs cas.En effet, la polyvalence ne semblait plus depuis longtemps, à notre époque, une valeur à la mode, tout semblant devoir être sacrifié aux dieux de la spécialisation. Ces deux impératifs peuvent-ils coexister, voire se compléter, sans se nuire l’un à l’autre ? Le peuvent-ils dans le cas de la médecine ?

Quelques réflexions pour tenter de défricher une question qui est redevenue nouvelle, et déchiffrer les subtilités de cette antinomie.

 

Pourquoi la spécialisation est un bien nécessaire :

 

La spécialisation est sans conteste un grand bien pour la société et l’individu, c’est grâce à elle qu’on a pu et qu’on peut atteindre des altitudes qu’on n’aurait jamais imaginées. Effectivement, tout un potentiel humain entièrement consacré à la fabricationquotidienne d’un petit amplificateur opérationnel le perfectionnera sans doute, et pourra même l’améliorer.

De plus, la spécialisation est une nécessité ; le monde exige la spécialisation, peu importenotre angle de vision. Un titulaire d’un doctorat par exemple est beaucoup plus susceptible d’accéder au monde du travail qu’un titulairede 5 baccalauréats ou 3 licences dans des filières différentes.

Néanmoins, la spécialisation ne donne –d’un certain côté- aucune valeur spéciale à l’individu dans la société, puisque les maillons d’une chaîne, aussi différents qu’ils soient, ne sont pas spéciaux ; on peut s’en passer sans vraiment altérer le résultat final.

 

Pourquoi la polyvalence est bien :

 

Le temps de la polyvalence semble révolu, le monde se base sur une spécialisation de plus en plus précise. Mais cela ne change rien au fait que la polyvalence contribue grandement à l’accomplissement de l’individu ; exceller ou au moins s’intéresser à différents domaines nous fait grandir et s’approcher à l’image qu’on se donne de la perfection. En ce qui concerne les études, le système éducatif universitaire reflète le sens de l’évolution générale du monde. Les compétences transversales ont beau être valorisées par certaines formations de qualité, de plus en plus rares, beaucoup d’autres formations sont considérées comme superflues ou pouvant se faire sur le tas. On croit désormais qu’être excellent équivaut à devenir maître de sa spécialité et y contribuer significativement, la polyvalence n’est presque jamais considérée comme option.

Ce qui limiterait largement le potentiel humain ; puisque avoir des connaissances diversifiées ouvre des portes que la spécialisation dissociée ne pourrait jamais atteindre.

Ceci est valable également et surtout pour la médecine, qui peut être grandement influencée par la capacité de ses spécialistes à faire d’autres choses, un médecin qui a des notions avancées en physique ou en chimie pourrait éventuellement faire évoluer le domaine. Historiquement, la plupart des médecins qui ont marqué leur époqueétaient également philosophes, mathématiciens, physiciens…

Comment pourrait l’étudiant en médecine ou même le médecin être polyvalent actuellement ?

 

  • Études médicales

 

Dans un premier degré, l’étudiant nouvellement admis à la faculté de médecine au Maroc, ne pense généralement plus à faire autre chose en marge -ou en bas de page-, du coup, les passions que l’étudiant aurait éventuellement eu avant finiraient par être sacrifiées et oubliées. Afin d’éviter cela, l’étudiant pourrait choisir de se diriger vers le vaste monde de l’associatif.

Associatif et social s’intersectent largement, médecine et social s’intersectent encore plus, il serait donc bien que l’étudiant en médecine essaie de s’inclure dans la vie sociale, et pour ce, il est nécessaire de se débarrasser du complexe de supériorité –qui est, quoiqu’on dise, présent chez une bonne partie des étudiants en médecine-, et reconnaître que le médecin, avec toute sa noblesse et son prestige, reste finalementun maillon de la chaîne, avec une petite fonction dans un grand monde.

 

  • Médecine générale

 

Être médecin généraliste, à l’instar de la polyvalence en général, n’est pas recherché ou bien vu actuellement. Alors que, théoriquement, la médecine générale est censée être la base.

Une petite clarification du rôle du généraliste, qui est désormais spécialiste en médecine générale –dans plusieurs pays au moins- s’impose : il est plus apte à soigner les maux quotidiens que le spécialiste, qui est formé pour performer des actes plus ou moins complexes et spécifiques.

Entre spécialité et généralisme, c’est surtout une question de ‘zoom’, de recul.

Dites-vous qu’un généraliste regarde avec des jumelles, il verra alors l’ensemble du paysage, fera attention à des choses générales qui pourraient passer inaperçues chez le spécialiste qui utiliserait un microscope et ne va faire attention –inconsciemment peut être-qu’à ce qui concerne sa spécialité et ce qui interagit habituellement avec.

 

Pour conclure, il serait vraiment intéressant de voir des étudiants en médecine qui sont plus ou moins polyvalents ; la personne concernée se sentirait une autosatisfaction que la spécialisation peut rarement procurer, en plusdu fait que ce serait plus constructif pour la société, qui, en dépit du courant général, commence à faire des retours à l’origine par moments. On cite l’exemple de la prestigieuse Normale sup de Paris, qui vient de créer un programme Médecine/sciences, qui est censé former des futurs chercheurs du monde biomédical. Cette formation, qui peut être perçue comme une double formation, assez répandue quand il s’agit d’études médicales, permettrait de révolutionner réellement le monde de la médecine.

La polyvalence trouve ses origines principalement dans l’individu, ne pas abandonner ses passions serait donc un bon début, pratiquez votre musique, écrivez, dessinez, faites ce que vous aimez !

Rédigé par : Mouad Moutaouakil