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Mémoires d’externes

Ihsane Zahiri
09/09/2018 18:50

La visite se déroulait dans ses normes quotidiennes avec cette touche qu’ajoutait chaque professeur comme du sel dans un plat. Le plat du jour fut sucré, dès la première bouchée.
A peine arrivés à l’unité des soins intensifs, les médecins examinaient, discutaient, évaluaient. C’était le tour d’une femme âgée, en post-opératoire. Entourée par l’équipe médicale, elle dégustait son yaourt. Le professeur, concentré, la scrutait ;aucun détail ne fallait lui échapper. Il examinait son membre inférieur, et la dame se délectait la saveur du caramel dans sa bouche édentée. Des doigts palpaient son corps…Mais, toujours aucun geste. Elle paraissait seule dans son monde où seul son yaourt existait (et sa maladie malheureusement).
Il était temps de rompre son calme, le professeur lui demanda de s’allonger et sa réponse fut: « Non! je mange, attend que je finisse ». Une réponse aussi enfantine que son sourire. A l’opposé de ce que vous pouvez penser, cette réaction n’était ni dépressive, ni impulsive. C’était une réaction innocente!
Avec toute empathie, le professeur la supplia de céder. Après plusieurs secondes, elle mit son yaourt sur la table de chevet, et s’allongea. On a tous souris à cette scène, rit, pour quelques secondes, par respect à cette génération que nous affrontions. J’ai vu sur ses rides les traces de la vie. Têtue qu’elle soit, cette femme a sûrement enduré un tas de situations. J’ai aussi vu dans ses gestes que la vie tourne, et que tôt ou tard, l’enfant que nous étions finira par sortir pour revendiquer ses droits et désirs; les plus futiles qu’ils paraissent.
Longue vie à cette dame, longue vie à l’innocence et à l’enfant qui nous hante.
Rédigé par:Ihsane ZAHIRI